Mérule et copropriétés : comment gérer une infestation dans un immeuble collectif

Mérule et copropriétés : comment gérer une infestation dans un immeuble collectif
Mérule et copropriétés : comment gérer une infestation dans un immeuble collectif

Comprendre la mérule dans les immeubles collectifs

La mérule, ou Serpula lacrymans, est un champignon lignivore redouté dans les bâtiments anciens ou mal ventilés. Son apparition dans une copropriété peut rapidement devenir un problème collectif, affectant la structure même de l’immeuble ainsi que la santé des occupants. Face à une infestation de mérule, une bonne gestion est indispensable pour contenir la prolifération et limiter les dégâts.

La présence de ce champignon n’est pas anodine. La mérule dégrade le bois, les matériaux cellulosiques et peut provoquer d’importants dommages structurels. Dans un immeuble collectif, sa progression peut être difficile à localiser précisément, ce qui complique le traitement. La coopération entre copropriétaires, syndics de copropriété et spécialistes du traitement fongique est donc essentielle.

Conditions favorables au développement de la mérule

Le développement de la mérule est favorisé par plusieurs facteurs :

  • taux d’humidité élevé dans les murs ou les planchers ;
  • absence de ventilation ou ventilation insuffisante ;
  • présence de bois ou matériaux contenant de la cellulose ;
  • température ambiante comprise entre 18°C et 26°C ;
  • zones mal entretenues ou inaccessibles (caves, combles non ventilés).

Dans les immeubles anciens, ces facteurs sont fréquemment réunis, ce qui rend les bâtiments collectifs particulièrement sensibles aux infestations. La mérule peut se propager très discrètement pendant plusieurs années avant d’être détectée.

Signes révélateurs d’une infestation de mérule

Identifier la mérule à un stade précoce peut permettre de limiter les travaux et les dépenses. Voici les signes caractéristiques à surveiller :

  • présence de filaments blancs ou grisâtres (mycélium) sur le bois ou les murs ;
  • odeur de champignon persistante, surtout dans les zones humides ;
  • bois ramolli ou qui se casse facilement ;
  • fructifications orangées ou brun rougeâtre ressemblant à une mousse ;
  • décollement des enduits muraux, peinture cloquée.
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Les diagnostics doivent être réalisés par des professionnels qualifiés. Un simple test de surface ne suffit pas, car la mérule peut se propager en profondeur.

Responsabilité en copropriété : qui doit agir ?

En cas de découverte de mérule dans une copropriété, la responsabilité de l’intervention est partagée en fonction des règles de copropriété définies dans le règlement et dans la loi. Selon l’article 14 de la loi n°65-557 du 10 juillet 1965, le syndicat des copropriétaires est responsable de l’entretien et de la conservation des parties communes.

Si la mérule est détectée dans une cave ou un mur porteur, le traitement concerne donc les parties communes, et c’est au syndic de prendre les mesures nécessaires, après vote en assemblée générale si les travaux sont importants. En revanche, si l’infestation touche des parties privatives, les copropriétaires doivent agir individuellement.

Il est conseillé de réaliser rapidement une expertise fongique pour déterminer l’étendue de l’infestation et confirmer si la mérule a franchi les limites privatives/communes.

Procédures légales : que dit la loi Mérule ?

En France, la loi ALUR (loi n°2014-366 du 24 mars 2014) a introduit une réglementation concernant la mérule : elle n’impose pas un traitement obligatoire mais prévoit une déclaration en mairie lorsque la mérule est diagnostiquée dans une habitation située dans une zone à risque. Cette obligation est prévue à l’article L133-8 du Code de la construction et de l’habitation.

Les communes peuvent par arrêté préfectoral définir des zones à risque mérule, appelées « zones de surveillance mérule ». Lorsqu’un immeuble se situe dans l’une de ces zones, un diagnostic mérule peut être exigé lors de la vente d’un lot de copropriété.

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Il est conseillé au syndic ou au conseil syndical de consulter la mairie pour s’assurer du classement éventuel de la zone concernée.

Étapes pour gérer efficacement une infestation de mérule

En cas de suspicion ou de confirmation d’une infestation, il convient d’adopter une démarche rigoureuse en plusieurs étapes pour assurer une élimination durable :

  • Diagnostic professionnel : le recours à un expert en pathologies du bâtiment est essentiel pour identifier l’origine du foyer et l’étendue de la contamination.
  • Information des copropriétaires : le syndic doit informer l’ensemble des copropriétaires rapidement afin d’organiser une réunion ou une assemblée générale extraordinaire.
  • Vote en assemblée générale : un vote est nécessaire pour engager des travaux sur les parties communes. Une majorité simple suffit dans certains cas (article 24 de la loi de 1965).
  • Traitement fongicide et travaux de réhabilitation : ces interventions peuvent inclure l’assèchement des murs, la ventilation des lieux, le remplacement des éléments bois attaqués.
  • Contrôle post-traitement : une vérification des lieux est obligatoire plusieurs mois après intervention, pour s’assurer de l’éradication complète du champignon.

Durant tout le processus, il est recommandé de faire appel à une entreprise certifiée CTBA+ ou agréée par la Fédération Française des Professionnels du Bois (FFB).

Prise en charge financière des travaux

La répartition des frais dépend de la localisation de la mérule. Pour les parties communes, le coût est imputé à l’ensemble des copropriétaires selon les tantièmes. Pour les parties privatives, le propriétaire concerné doit assumer les travaux personnellement.

Des aides peuvent être sollicitées dans certains cas. L’ANAH (Agence Nationale de l’Habitat), certains fonds locaux ou encore les assurances multirisques habitation (si le contrat le prévoit) peuvent participer au financement. Il est fortement recommandé de consulter son assureur dès les premiers signes d’infestation.

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Prévention et entretien de l’immeuble

La meilleure stratégie contre la mérule reste la prévention. Voici quelques bonnes pratiques à adopter :

  • ventiler régulièrement les caves, greniers et autres zones humides ;
  • réparer rapidement les fuites d’eau et infiltrations ;
  • contrôler les taux d’humidité dans les logements et parties communes via des hygromètres ;
  • éviter le stockage de bois en contact avec les murs humides ;
  • faire inspecter périodiquement les espaces à risques par un professionnel.

L’entretien régulier de l’immeuble par le syndic, associé à une bonne information des copropriétaires sur les risques liés à l’humidité, permet de limiter les conditions propices à la prolifération de la mérule.

Vers une meilleure gestion coopérative en copropriété

Une infestation de mérule dans une copropriété interpelle la responsabilité collective des habitants et du syndic. L’anticipation, le dialogue et le recours à des professionnels restent les clés d’une gestion efficace. En sensibilisant les copropriétaires, en documentant les zones à risque et en intégrant les risques fongiques dans les audits techniques de l’immeuble, il est possible de mieux contrôler la situation. Toute négligence peut favoriser la réinfection et entraîner de nouveaux frais importants.

Face à la mérule, une politique de prévention, une maintenance continue des bâtiments et une prise de décision rapide sont incontournables pour préserver le patrimoine immobilier collectif.